mercredi 13 mai 2009

Les heures sombres



La pluie menace à tout instant de crever les nuages.

Perchée dans mon arbre à souhaits, je bascule du regard dans le paysage mélancolique. Les feuilles bruissent, chuchotent, les branches m'enserrent doucement de leurs membres maigres. Les oiseaux se sont tus, petites boules tremblantes de chaleur douce, pépiements suspendus. Reste la litanie du vent, qui, sans lourdeur mais avec insistance, m'invite à boire la potion d'oubli distillée au coeur des pousses vertes.
Les premières perles de pluie s'écrasent sur mon corps nonchalant, glissent le long de ma chevelure, viennent orner la toile d'une veuve.

Le ciel est en lambeaux, l'avenir embrumé.
Dans ces instants figés où tout lâche prise, je crains que ma voix ne se perde dans la tempête.

samedi 9 mai 2009

"The Boat that rocked"



Les notes s'engouffrent sous les portes closes, s'infiltrent à travers les murs ; étoffes soyeuses, elles s'enroulent et se déroulent, caressent les sens. Avec joie, on se laisse posséder. Sous la lumière crue des projecteurs, un microcosme impalpable prend vie, et même après le dernier accord, la salle résonne comme une cathédrale assaillie par un choeur d'anges.

Quelque part au-delà du crépuscule, un chateau d'ivoire étincelle. Des figures lunaires virevoltent au rythme langoureux d'une sérénade mystique. Les violons pleurent, le piano disperse ses sonates aux quatre vents. Une silhouette retire son masque et dévoile un visage mutin.

"..."

Seule dans sa chambre, la jeune fille rêve. Une radio grésillante diffuse une musique endiablée, tellement vivante, que nul ne saurait s'empêcher de palpiter à son tour. La jeune fille fredonne, la mélodie s'empare de la plus petite parcelle de son être, grandit en elle jusqu'à ce que son corps ne puisse plus la contenir. Alors, bel oiseau qui étend ses ailes, elle s'échappe en une explosion tonitruante, et gagne le ciel. Epiphanie.




L'histoire déjantée d'un équipage de DJ prêt à tout pour que vive le rock'n'roll


vendredi 8 mai 2009

Prologue



Le Fruit des merveilles


Il était une fois une jeune fille nommée Perséphone, d’une beauté sans égale, que le dieu Hadès décida de prendre pour épouse. Il l’entraîna dans les profondeurs de l’enfer et, à dater de ce jour, un blanc manteau recouvrit la terre, les arbres se décharnèrent, et les fées du froid transformèrent les lacs en miroirs de glace.


Seule, six pieds sous terre dans sa chambre sombre et humide, avec pour seule compagnie les spectres qui hantaient ces lieux, Perséphone se désolait. Emmitouflée dans d’épaisses fourrures et de précieux velours, elle arpentait les corridors de l’enfer, qui résonnaient de ses lamentations.


De longs mois d’écoulèrent. Un jour, alors qu’elle errait, elle découvrit un arbre étrange portant de gros fruits mordorés. Elle tendit la main, attrapa une grenade, et la croqua à belles dents. Aussitôt, alors que le jus sucré la réchauffait déjà comme de l’hydromel, la terre se mit à trembler sous ses pieds et elle se retrouva en quelques instants à l’air libre. A sa vue, des fleurs magnifiques transpercèrent le sol gelé, les arbres se couvrirent de feuilles vert tendre, et d’accortes nymphes se prosternèrent devant elle et lui lancèrent des pétales de roses. Le Printemps était revenu avec Perséphone.




Fille du printemps, je suis particulièrement attachée à cette histoire, romancée à ma façon, et à cette saison si douce et belle. Mais pour apprécier le printemps, il faut apprivoiser l’hiver!


Je laisse la porte de mon royaume ouverte, mais n'enverrai pas d'invitations, car les meilleures rencontres sont le fruit du hasard - enfin, si le hasard existe...